Tunisie. Opération de déportation illégale en cours, selon des ONG locales

Vue des massifs montagneux s’étendant des deux côtés de la frontière tuniso-algérienne. Rached Cherif/LCDA

10 ressortissants étrangers, dont une femme enceinte, font l’objet d’une opération d’expulsion illégale, selon le FTDES, principale organisation de défense des droits économiques et sociaux en Tunisie. Après deux semaines passées en centre de rétention, ces personnes ont été placées mercredi matin à bord d’un bus vers une destination inconnue pour être abandonnées à la frontière avec l’Algérie selon plusieurs sources informées.

« Ce n’est pas la première fois que la police tunisienne tente d’expulser des gens en les mettant en grave danger », s’insurge Alaa Talbi, directeur exécutif du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). L’activiste fait notamment référence à l’opération similaire menée en décembre 2015, lors de laquelle une douzaine de personnes avaient été abandonnées en pleine nature, côté tunisien de la frontière avec l’ordre de passer à pied et sans ressources en Algérie. La mobilisation d’organisations de défense des droits humains avait obtenu qu’ils soient récupérés et ramenés à Tunis.

Originaires de Côte d’Ivoire, du Cameroun et de Somalie, les trois hommes et sept femmes – dont une enceinte – sont donc sous la menace d’une expulsion illégale dans la nuit de mercredi à jeudi. Si elle devait se réaliser, cette opération « constituerait une grave violation des droits de ces personnes et des engagements internationaux de la Tunisie », estime Benoit Mayaux du Réseau EuroMed Right, qui suit de près l’évolution de la situation. Il estime peu probable en effet que l’administration ait eu l’aval de la justice pour cette expulsion.

Contacté par le FTDES, le ministère de l’Intérieur tunisien n’a pas nié l’information. L’ONG a demandé officiellement des « clarifications d’urgence aux autorités et l’arrêt immédiat de l’opération en cours », déclare M. Talbi. « Ils vont en plus être lâchés au milieu de nulle part en plein nuit, c’est inadmissible », ajoute-t-il.

Selon une source bien informée, des pressions diplomatiques sont également exercées pour obtenir le respect des droits des ressortissants étrangers. À l’heure où ces lignes sont écrites, la localisation des déportés n’est pas connue, ces derniers ayant été privés de leurs téléphones par la police. « Tout a été fait pour que personne n’apprenne ce qui se passe et ne puisse réagir. Pour une opération éventée, combien d’autres ont pu avoir lieu secrètement ? » s’interroge l’activiste.

Rached Cherif

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