Scolarisation, hébergement : le calvaire des mineurs isolés étrangers à Paris

CITIZENSIDE / Paul Alfred-Henri / AFP

En ce début d’année, particulièrement en cette période de froid, la question des mineurs isolés étrangers revient forcément avec insistance. Trouver un toit, trouver une école, des tâches d’autant plus compliquées qu’il leur faut avant tout prouver à l’Etat qu’ils sont bien mineurs. Les difficultés s’accumulent donc sur les frêles épaules de ces enfants, c’est pour leur venir en aide qu’a été créée l’association de solidarité avec les mineurs isolés étrangers (ASMIE).

Par eux, pour eux

C’est au gré de différentes rencontres avec des jeunes à l’ADJIE (Accompagnement et défense des jeunes isolés étrangers), situé avenue de Flandres (Paris 19e), que des citoyens, ayant l’envie d’aider ces enfants, ont monté l’été dernier l’ASMIE : « Nous ne sommes pas très nombreux mais tous les jeunes sont investis. Nous voulions une association qui soit par eux et pour eux. L'idée c'est qu'ils soient partie intégrante de l'association. Nous faisons des choses en en parlant avec eux, en leur faisant des propositions » explique Nathalie Senikies, membre de l’association. En quelques mois, des cours ont été mis en place, arts plastiques, théâtre, mais également des cours de français dispensés par de jeunes étudiantes. Accompagnement des MIE mais leur permettre aussi d’aller à la rencontre des enfants scolarisés : « A l’initiative des enfants, une lettre a été distribuée devant les lycées et collèges pour dire « nous ne sommes pas invisibles et nous aimerions vous rencontrer », ce qui devrait donner des rencontres dans des classes ».

Scolarisation compliquée

Aller à l’école, obtenir une formation et s’intégrer au mieux semble être très compliqué pour les MIE : « Quand on est mineur isolé, pour être mis à l'école c'est une catastrophe. La loi n'est pas appliquée. Maintenant il faut absolument une OPP [une ordonnance de placement provisoire est la décision, prise par le juge des enfants, de placer un mineur en danger dans un centre d’accueil, ndlr] pour être mis à l'école » selon la membre de l’association.

Une difficulté qui en entraîne d’autres : « Même pour les jeunes en attente de jugement qui pourraient être scolarisés, le rectorat met des bâtons dans les roues. Certains attendent un an, d'autres deux mois. Mais entre temps, l'hébergement peut s'arrêter ». Et quand il ne s’agit pas de la loi, les stéréotypes s’en mêlent… : « J'ai l'exemple d'une jeune fille qui voulait être infirmière, à qui on a répondu à l'aide sociale à l'enfance : « tu ne peux pas, il n'y a pas d'école d'infirmière sur Paris, ça va être compliqué. Tu devrais plutôt faire une formation pour être femme de ménage ». Et finalement, on lui a dit gentiment que si elle ne faisait pas ça, elle n'irait nulle part ».

Sans issue ?

« C'est vraiment un problème politique. L'argent est là. Les chambres d'hôtel coûtent une fortune. Ca coûterait beaucoup moins cher d'employer un éducateur qui aurait vingt enfants autour de lui, qu'une chambre d'hôtel à 80 euros, pleine de cafards, sans nourriture et sans vêtements. C'est aberrant ! A Paris, on parle juste de 300 enfants... » s’indigne Nathalie Senikiès. Déjà sollicitée les années précédentes par nombre d’associations, la mairie de Paris semble avoir du mal à traiter ce problème : « Nous avons écrit des lettres, demandé au rectorat de nous recevoir, nous n'avons jamais eu de réponse. La mairie de Paris et la préfecture imposent au rectorat de loger les jeunes. Sauf que c'est impossible, puisqu’au rectorat, il n'y a plus d'argent. Donc tout le monde se renvoie la balle ».  

L’ASMIE, qui n’a pas la capacité de faire de l’hébergement, fait donc le maximum pour orienter les mineurs au mieux, en espérant, à terme, trouver des solutions des solutions pérennes pour les MIE à la rue.

CH. Célinain

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