Samia Orosemane : « Honnête, sincère et fidèle à moi-même »

Son sourire et sa bonne humeur irradient à l’image des tenues aux couleurs chatoyantes qu’elle porte sur scène. Oui, Samia Orosemane est bien une « femme de couleurs » comme l’indique le titre de son spectacle. Après un crochet par l’Alpe d’Huez, c’est sur la scène du festival Tissé Métisse de Nantes (10 décembre) que l’humoriste venait, ce weekend, faire rire l’audience tout en distillant un message d’humanité et de fraternité. 

Plus de diversité

Née à Paris, ayant grandi à Clichy-sous-Bois (93) et étant mariée à un Martiniquais converti à l’Islam qui lui a redonné envie de s’intéresser à la religion, comme elle l’explique elle-même, Samia Orosemane est un pur produit de cette diversité qu’elle défend. Sur scène, elle a très vite acquis une certaine notoriété auprès du public des quartiers populaires, africain (maghrébin comme sub-saharien).

En octobre 2014, à Ottawa, une fusillade perpétrée par un « pseudo djihadiste », comme elle les appelle, la pousse à enregistrer une vidéo coup de gueule dans laquelle elle demande à ces individus « d’arrêter de se cacher derrière l’Islam pour commettre leurs méfaits ». Vidéo que Samia Orosemane repartage trois mois plus tard suite aux attentats de Charlie Hebdo. De partages en retweets, les média généralistes la découvre : « Cette vidéo a fait le buzz et a mis de la lumière sur mon travail. (…) Télérama, France inter, et puis le public franco-français, la cinquantaine, soixantaine, qui rigole en mode vibreur, a débarqué dans ma salle. C'est magnifique maintenant dans ma salle tu trouves, un noir, un gay, un arabe, une femme voilée, un mec de quartier... Et c'est à l'image de la France d'aujourd'hui ».

Honnête, sincère

Désormais plus exposée, la comédienne est très sollicitée et notamment pour des reportages télévisés, pas forcément de bon goût. Elle l’apprendra à ses dépens lorsque l’équipe de Bernard de Villardière la contacte pour un reportage censé « représenter la diversité du panel de la communauté musulmane de France ». A l’arrivée, lors de la diffusion de Dossier Tabou (M6) en septembre dernier, Samia Orosemane, dont les propos étaient tout à fait cohérents et non déformés, s’est retrouvée dans un reportage qui « crache sur les musulmans » et voyait son intervention « comme une sorte de légitimation de tout le reste » en faisant partie des deux musulmans « gentils » au milieu de ce flot de caricatures et d’idées reçues. Une mauvaise expérience qui ne changera pas sa façon d’être : « Moi je reste entière. Par exemple, mon papa a toujours été généreux et gentil avec tout le monde et il s'est fait escroquer, mais il n'a jamais changé. (…) Je sais ce que je dis, et si on transforme mon discours, c'est leur problème. J'ai été honnête, sincère et fidèle à moi-même et c'est ce que je fais toujours. Je suis entière, je n’ai pas de filtre ».

Universalité

Faire les gens se rencontrer, donner les codes, leur permettre de se comprendre, c’est exactement ce que tente de faire l’humoriste avec son spectacle. Pour cette dernière, il ne devrait plus y avoir de racistes de nos jours : « Je les regarde et au fond de moi je me dis

« Mais est-ce que c'est possible d'être aussi con ? ». Normalement t'as internet, la télé, des livres, tu peux sortir, puis les voyages ça coûte pas cher, tu peux essayer d'aller à la rencontre de l'autre ». Dans une période où la stigmatisation des musulmans est en forte hausse, notamment due à de nombreux amalgames, Samia Orosemane est donc fière de réunir des publics très différents. Tous se reconnaissent dans les sujets universels tels que les rapports avec les parents par exemple. « Le plus beau compliment que l’on m’ait fait c’était de me dire que mon spectacle était d’utilité publique » confie-t-elle, avant de repartir pour préparer sa prochaine scène (13 décembre) à Paris, afin de continuer à répandre son message d’humanité dans la bonne humeur.

CH. Célinain

Dernière minute


La chronique du Tocard

  • La chronique du Tocard. Quand on veut on peut : Toz

    Beaucoup de ceux qui sont bien nés, pas tous heureusement, qui ont réussi, non pas grâce à leur sueur mais grâce à leur pedigree de privilégiés de l'existence surkiffent les Bicots de banlieue d...

    LIRE SUITE Tous les articles de la rubrique Economie»

Edito