La figure du cinéma pour tous

Houda Benyamina lauréate 2014 de la Fondation Gan pour le Cinéma, pour son film DIVINES (ex-BÂTARDE).

 

Cette cinéaste engagée a créé l’association "Mille Visages" pour aider les jeunes talents des quartiers populaires à intégrer le milieu français du septième art. Son premier film, "Divines", sera projeté au théâtre Croisette, jeudi 19 mai à 20h45, dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes. Portrait d'une femme engagée et inspirante, paru dans notre magazine du mois de mars 2016.

 

Benyamina était une élève chahuteuse et bagarreuse. Dès le collège, elle est orientée vers un CAP de coiffure. Pour la remercier, un surveillant à qui elle avait coupé les cheveux lui offre Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline, et Médée, de Pasolini (1969). Ceux qui la voient lire du Céline la regardent alors autrement. Et elle prend confiance en elle. Quant au film de Pasolini, il éveille son intérêt pour une autre façon de faire le cinéma.

Aujourd’hui, Houda Benyamina a 35 ans, 9 courts-métrages et un long en montage à son actif. Ses premiers pas dans le cinéma, elle les fait en tant que comédienne, mais elle ne persévère pas : “Je me suis vite aperçue que j’avais une trop grande gueule pour incarner des rôles. Et puis, à l’époque, on ne voyait sur grand écran que la petite beurette que son père voulait renvoyer au bled. J’avais envie d’être porteuse de projets”, confie-t-elle avec un débit rapide propre à ceux qui n’ont pas une seconde à perdre.

Tout juste diplômée de l’école régionale d’acteurs de Cannes (Erac), elle se met à l’écriture et à la réalisation. Tout en tournant ses courts-métrages, elle monte, en 2006, l’association Mille Visages, née du constat que le milieu du septième art est “loin d’incarner un modèle de diversité”. “Je voudrais éviter aux jeunes talents de perdre du temps faute de réseau et de connaissance des codes. A cause de ça, j’ai perdu dix ans”, estime cette femme engagée qui agit par sens des responsabilités.

Mille Visages, dont le siège est à Paris et qui a des locaux à Grigny et à Viry-Châtillon (Essonne), ambitionne de détecter les talents en herbe et de les coacher. “C’est une sorte de famille pour s’entraider. Trois de nos adhérents ont pu intégrer le programme "Egalité des chances" de la Femis [école nationale supérieure réputée pour former l’élite des métiers du cinéma français, ndlr]. D’autres suivent une formation au conservatoire d’art dramatique de Paris”, se félicite-t-elle.

“Il faut être nombreux à s’entraider”

Cette passionnée, qui admire autant Oum Kalthoum que Maria Callas et Billie Holiday, est consciente de sa chance : “J’en ai eu, par exemple, lorsque j’ai réussi à convaincre Ricardo Aronovich, le chef opérateur d’Ettore Scolla [réalisateur italien décédé en janvier, ndlr], de travailler sur un de mes courts-métrages. Il m’a appris beaucoup de choses et, à mon tour, je voudrais les transmettre.”

Dès ses débuts, la cinéaste cherche à s’entourer de professionnels reconnus afin de tirer parti de leur expérience et de leur réseau. “Ce premier court-métrage a permis à nombre de jeunes qui s’étaient impliqués de trouver des stages”, poursuit celle qui estime qu’une réussite en amènera d’autres. Parmi les “mille visages” qui connaissent aujourd’hui une certaine notoriété, on citera notamment Oulaya Amamra, qui a dé- croché l’un des principaux rôles de la série Trois fois Manon, ou encore Jisca Kalvanda que l’on a vue dans Max et Lenny, de Fred Nicolas (2015), et dans la série Engrenages, diffusée sur Canal+. “Le milieu du cinéma n’est pas que raciste. Il est aussi misogyne et bourgeois ! affirme-t-elle au risque de choquer. Pour que ça change, il faut être nombreux à s’entraider afin que ceux qui sont dans les commissions soient des femmes, des pauvres, des gens des quartiers... Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est faute de talents. Je ne crois pas qu’on a moins de talents, je crois même qu’on en a plus !” Sur son visage, un sourire d’optimisme.

Fadwa Miadi

Toutes les dates des projections à Cannes:

Jeudi 19 mai à 20h45 : Projection officielle – Théâtre Croisette

Vendredi 20 mai à 15h30 : Théâtre Croisette

Vendredi 20 mai à 22h30 : Cinéma Les Arcades

Samedi 21 mai à 14h00 : Cinéma Le Raimu

Samedi 21 mai à 18h30 : Studio 13

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