La chronique du Tocard. Son petit Gnoule à elle

 

Avec son forfait illimité tout terrain, ma mère, huit décennies dans quelques mois, m’appelle trois fois quotidiennement. Mais c’est tout sauf relou. Sa voix est si douce et ses mots tellement remplis d’amour que je réponds à chaque fois. 

 

C’est son gendre qui lui a organisé son portable et elle n’a plus qu’à appuyer sur la touche 1 de son téléphone pour pouvoir joindre son petit Gnoule à elle. Pour elle, je serai toujours son bébé à qui elle donne encore des bonbons à chaque fois que je vais lui rendre visite.

Si à 10h du matin, je ne suis pas à son domicile alors elle panique et m’appelle pour savoir où je suis. Alors, pour ne pas l’inquiéter dans sa vie de tous les jours, où l’angoisse a gagné du terrain depuis qu’elle vit seule, je prends souvent les devants et je partage au moins le café arabignoule avec elle surtout depuis que la tasse de papa n'est plus posée sur la table.

Comme il y a trois repas dans la journée, elle fait la même chose pour midi et pour le soir et j’ai intérêt à avoir une bonne excuse pour décliner son invitation. Maman veut à tout prix que je me restaure chez elle où la gamelle est toujours meilleure qu’ailleurs parce qu’elle est faite avec le cœur. 

Depuis quelques temps, elle insiste davantage. Parce que la pauvre, elle croit que je suis au chômage, depuis qu'elle sait que je travaille de chez moi, à mon rythme et en totale indépendance. C'est sûr, avec son schéma à l'ancienne, elle dormirait plus sereine si je partais chaque matin au turbin avec ma sacoche et ma gamelle, comme tous les autres fils de ses copines, et surtout comme l’avait fait son Gnoule pendant plus de 40 piges. 

J’ai beau lui expliquer que cette liberté me rend heureux de plus en plus, que je suis même un privilégié de la vie. J’ai beau lui dire que je vis de ma plume et que mon ordinateur, qu’elle appelle « internet », est mon outil de travail, rien n'y fait et elle ne croit pas qu’écrire juste des articles puisse faire vivre un homme. « Zarma, les mots ça va payer ton loyer mon fils », qu’elle doit penser ... 

Et puis, faut la comprendre. Niveau apparence : avec ma barbe mal rasée, mes jeans déchirés, mes tee-shirts que je porte toute l'année, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, j’ai pas l’air crédible pour elle. C'est vrai : elle doit rien y comprendre la daronne, mais elle ne m'a jamais jugé pour autant sur la manière dont je vis ma vie. Même sentimentalement, elle ne m’a jamais poussé à me marier. Souvent, avec lucidité, elle me balance « Si c’est pour divorcer comme tous les autres, il vaut mieux que tu restes seul ».

Je ne crois pas qu’elle dit ça pour me garder auprès d’elle parce qu’elle sait très bien qu’aucune femme de ce monde, à part peut-être Charlize Theron, pourrait m’empêcher de la voir au moins 5 fois par semaine. D’ailleurs, elle a toujours été douce avec les copines que je lui ai présentées sans faire aucune distinction de « race », de religion et de faciès, même si parfois, elle m’appelle pour me donner son avis sur l’une d’entre elles. 

Mais tout ceci ne date pas d’avant-hier : maman se fait des soucis pour moi depuis la nuit des temps. Il faut dire que je suis mauvais pour rassurer les gens qui m’aiment. C'est parce que je souffre du blocage de l'affection. Une maladie que j'ai chopée très tôt en traînant dans la rue où j’ai pas appris que la gentillesse. 

Petit, je faisais des tas de conneries parce que j’étais malheureux dans ma peau de petit gnoule et maman venait souvent au commissariat me chercher. Les flics, parfois débarquaient à la maison et elle se mettait à chialer parce qu’elle se sentait impuissante à me rendre heureux.

Et maintenant, quand j'y repense, avec le recul nécessaire, je me dis qu'avec tout ce qu'elle a vu de moi, elle est encore plus maman que maman...

Je me dis surtout que c’est désormais à mon tour de veiller sur elle. Et que je devrais la rassurer davantage. Alors, souvent je triche. Et je demande à mes amis de lui parler derrière mon dos, comme si j’étais pas au courant de ce qu'ils étaient en train de lui dire.

Ils me mettent sur un piédestal en lui rappelant que son petit dernier a bien avancé dans la vie et qu’elle peut dormir désormais en fermant complètement ses yeux. J’espère qu’elle comprend surtout que ça déborde tellement d’amour à l’intérieur de moi que je ne ferai plus jamais rien pour la rendre malheureuse …

Nadir Dendoune

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