La chronique du Tocard. Le Bougnoule

 

Moi, je trouve, vu le niveau actuel, que le terme Bougnoule nous va comme un smoking halal taillé sur mesure. En 30 ans, en France, « nous » avons très peu changé. Ou évolué. Au choix.

 

Avec la nouvelle génération, on s'était dit que les choses allaient s’améliorer. Mais, au final, c'est du pareil au même et le système le sait. Et il en profite. Tous les ans, ils nous sortent un Bougnoule de service du chapeau de la laïcité et on se demande toujours où ils ont bien pu le trouver tellement il nous épate de filsdeputerie. Il est présent, entre autres, pour valider les clichés sur l'islam, l'immigration, les banlieues etc. Faire le sale boulot.  Mais pas seulement. Il est surtout là pour nous rappeler à quel point, « nous » valons rien collectivement donc individuellement, dans cette République qui promet, pourtant, une égalité pour tous ses citoyens.

Le Bougnoule de base a encore les travers des minorités. Il a beau faire partie d'une « communauté » d’au moins six millions, il se comporte encore comme s'il n'était pas chez lui en France. Pour déjouer les rouages d'un système qui lui est défavorable, il use de multitudes ruses et est souvent prêt à tout pour arriver à ses fins. S'il arrive en « haut », après tant d'efforts, il trouve normal de tout verrouiller puisque personne ne l'a aidé. Il n'aimerait pas qu'un autre Bougnoule, qui aurait moins enduré  que lui, le dépasse par sa droite et lui vole la vedette. Il ne se dit jamais « Être à plusieurs permet à long terme d'inverser la tendance ».

Mais celui-ci n’est pas le pire. La pire des sales races, ce sont les « Bougnoules loosers », capables des crasses les plus minables. Les frustrés de la vie. Ceux qui, malheureusement, sont coincés au sous-sol. Au lieu d'être en colère contre le système, ils vont cracher leur haine contre « leurs semblables », ceux qui « réussissent ». Peu importe si ces derniers ont su rester intègres jusqu'au bout. Comme ils sont quand même lâches par essence, ils sont deux fois plus impitoyables avec les femmes Bougnoules qui réussissent.

Moi, par exemple, qui suis un cas parmi tant d'autres, à mon retour de l'Everest en 2008, beaucoup ont cru que j'avais inventé cette histoire. Que je n'étais pas vraiment monté tout en haut, à 8848m, là où les avions circulent. C'est un peu normal : sans aucune expérience, sans aucun entraînement spécifique, j'ai réussi à atteindre le Toit du monde du premier coup, là où l'immense majorité des alpinistes se préparent plusieurs années. Parfois, en vain. Sans surprise et je m'en contrefous royalement, les alpinistes professionnels, « 100% Blanc », m'ont détesté : un vulgaire basané-banlieusard du 93 au sommet de l'Everest, c'est un peu « leur mythe » qui s'effondrait. Ça m'a fait même marrer sur le coup. Un brin revanchard...

Mais mes plus virulents détracteurs ont surtout été ces fameux Bougnoules loosers. Au lieu d'être fiers de ce que j'avais accompli, ils ont haï ma « victoire », pourtant arrachée à la seule force de mes mollets et à une envie herculéenne d'arriver au sommet. Ce succès, ils l'ont raillé. Méprisé. Jalousé. Remis en cause. Vomi. Sali. Et le meilleur est sans doute à venir ! avec la sortie prochaine du film adapté de mon ascension, qui doit déjà les rendre fou de rage. Imagine alors si le long métrage cartonne...

Ma réussite les renvoie de fait à leurs propres échecs. Comme un miroir de la réalité avec lequel ils doivent se réveiller avec douleur chaque matin. Ils ne peuvent plus alors se réfugier dans leur éternelle position de victime, confortable, puisqu'elle ne les oblige pas à se bouger le fion. Si un Blanc avait gravi l'Everest sans aucune expérience en montagne, ils auraient été les premiers à le féliciter, voire à s'en inspirer. 

Le Bougnoule n'aime donc pas rendre hommage à un autre Bougnoule qui excelle dans le même domaine que le sien, parce qu'il pense que dans le « système blanc », il n'y a de la place que pour un seul bronzé. Il voit encore le Blanc comme son maître : il doit réussir pour Lui. Lui plaire d'abord à lui. Colonisé un jour...

La même chose existe dans la littérature. Zéro Bougnoule écrivain ne mettra en valeur le travail d'un autre confrère Bougnoule. Idem pour le cinéma, la musique... Tous préfèreront mille fois rendre hommage à un « Blanc », moins dangereux pour leur « carrière », leur « reconnaissance ». La reconnaissance par la France….

Elle est capitale chez le Bougnoule.  Il en a jamais assez. On dirait qu'il aimerait s'étouffer avec. Même à deux doigts de mourir, même après avoir remporté tous les honneurs et le fric avec, il se sent obligé de se faire bien voir par la France. A lui lécher le derche. Et lui rappeler qu'il l'aime tant ce pays. Lui rappeler qu'il lui doit tant.

Mais ducon, c'est la France qui devrait te remercier ! Pour ce qu'ont apporté tes ancêtres à ce pays : la chair à canon pendant les deux guerres mondiales, l'Indochine, la reconstruction du pays, les boulots difficiles et mal payés qu'aucun Français ne veut occuper aujourd'hui, etc, etc. Si on doit entrer dans le jeu des fachos, tu es 10000% fois plus légitime à vivre dans ce pays que la plupart des 65 millions de Français ! Alors, arrête de dire merci. Est-ce que les Blancs passent leurs vies à dire merci ?

Il y a 30 ans, peu de Bougnoules étaient au sommet. Aujourd'hui, vous êtes nombreux. Oui, vous êtes nombreux. Dans tous les domaines : politique, cinéma, journalisme, sport, etc et etc. Et en soi, ça fait chier le communautariste Blanc bourgeois mâle de plus de 50 ans. Mais à part ça, vous faites pitié. Parfois, je me dis « C'était mieux avant: y avait personne mais, au moins, on n'avait pas honte ».

Vous êtes tellement discrets. Pardon, dociles. On ne vous entend tellement pas qu'on n'en peut plus d'entendre Eric Cantona ou Edwy Plenel prendre notre défense ! Quelle honte. Oui, quelle honte. Vous donnez la nausée. Vous avez tellement peur que le « Blanc » vous traite de communautariste que vous courbez l'échine, comme si BHL ou Alain Finkielkraut se cachaient de défendre les « leurs »...

En même temps, votre bouffonnerie est parfois récompensée:  ça peut vous valoir un prix au festival de Cannes, une sélection pour le Goncourt ou un dîner en tête à tête avec deux conseillers du président Hollande, en vous faisant passer pour le porte-parole de la banlieue... Pitoyable !

De temps en temps, il m'arrive de vous demander les raisons de votre silence. Pour justifier votre lâcheté, vous vous cachez derrière l'oppression du système blanc (« si vous l'ouvrez, on vous foutera à la porte »), qui est réelle, mais jamais pour des gens de votre espèce, que le système a justement laissé grimper.

Au moins avec le PIR (Parti des Indigènes de la République), le CCIF (Collectif Contre l'Islamophobie), ou le CRI (Coordination Contre l'Islamophobie), comme quoi, je ne suis pas rancunier !, et les autres, enfin tous ces Bougnoules décomplexés, que vous n'oserez jamais soutenir, le Bourgeois Blanc vous l'a interdit, on est sûr, qu'on soit d'accord ou pas avec eux, qu'ils garderont toujours le pantalon là où il faut. C'est au moins ça ! Parce que vous, que proposez-vous, à part être des faire-valoir ? A part protéger votre jolie place au soleil ? Rendons hommage aussi aux militants du MIB (Mouvement Immigration Banlieue) et associés, restés intègres jusqu'au bout, aujourd'hui écoeurés par des décennies de filsdeputerie militantes. Et aussi à mes amis de la Journée Sans Immigrés qui ont résisté aux sirènes de la célébrité crasse.

Alors, parfois, je me mets à rêver. Je vous vois vous révolter. Dire ça suffit. Sortir un peu de votre confort.  Pensez à ceux qui galèrent, qui reçoivent en pleine poire les portes de la discrimination. Je vous vois crier votre indignation. Vous rassembler. Ouvrez les yeux : tous les autres le font, bordel ! Pour équilibrer les rapports de forces. Pour être craints. Seule solution, malheureusement, et j'en suis le premier écoeuré, pour bénéficier du même respect que bénéficient les autres « communautés ». Pour que nos gamins puissent rêver de nouveau. Parce que croyez-moi, ils vous regardent. Eux aussi, n'en peuvent plus et ils aimeraient être enfin fiers de leur élite. Peut-être, seraient-ils alors moins en colère contre cette République.

Malheureusement, je rêve en vain. Parce qu'en vérité, le Bougnoule est un enculé comme les autres. Il est à l'image de ce qu'il se passe en ce moment. Un truc universel gerbant où le syndicaliste vend son âme pour des privilèges, où le journaliste est prêt à mettre de côté sa déontologie pour gravir les échelons, où le politicien n'hésite pas à trahir ses valeurs pour un poste ministériel, où l'artiste se vend au marché pour quelques euros, etc, etc. Seulement voilà : aujourd'hui, avec ce qu'on se prend dans la tronche, le Bougnoule n'a plus le choix que de penser collectif.

Nadir Dendoune

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