La chronique du Tocard. La femme est un homme comme les autres

 

Mon ami, comme un frère, venait de m’appeler et à travers le combiné, je sentais toute sa vie partir en fumée. Il était en larmes, à terre, ébranlé par ce qu’il venait d’apprendre sur elle, sur la femme qu’il aimait tant. Sur celle avec qui il se voyait finir ses heures. Dans ses bras, quand elle le regardait, elle paraissait si sincère… Et pourtant …

 

Le cœur en lambeaux, il n’avait même plus la force d’être en colère. En vérité, et il le savait, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il était en partie responsable de son malheur. Il s’en voulait d’avoir commis l’irréparable, d’avoir fait preuve d’immaturité, d’avoir cédé à la tentation. D’avoir en quelque sorte violé l’intimité de sa chérie et d’être allé regarder là où il ne fallait pas …

Avec sa copine, ils étaient ensemble depuis trois ans. Ça n’avait pas été le coup de foudre immédiat, leur amour s’était construit avec le temps. C’est ce qu’il le rendait plus fort, croyait-il … Il était fou d’elle, vraiment. La femme de sa vie, c’était elle. La future maman de ses enfants, aussi … Et tout le reste : sa meilleure amie, sa confidente, sa moitié … Celle dont il avait le plus confiance. 

La semaine dernière, il était allé chez le bijoutier pour voir le prix des bagues. Il s’imaginait à genoux devant elle et lui demander sa main. Il avait l’impression aujourd’hui d’être un idiot. Comment avait-il pu être aussi aveugle ? 

Hier, lundi, sa chérie avait quitté son appartement au petit matin pour aller travailler. La veille, comme elle le faisait souvent, elle avait utilisé son ordinateur. Fatiguée, elle avait juste oublié de fermer son compte Facebook. Jusqu’ici, tout allait bien. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait.

Ce matin-là, comme s’il avait toujours douté d’elle inconsciemment, mon ami avait dérapé. Il n’avait pu s’empêcher de regarder ses messages. Et de lire. Tout. Il aurait pu, il aurait dû s’arrêter au premier d’entre eux. A celui où sa chérie proposait une partie de plaisir sexuel à un de ses collègues de travail.

Au lieu de cela, alors qu’il avait mal à en crever de lire toutes ces choses, et qu’il trouvait à peine la force de respirer, il avait continué. Il voulait tout savoir. Il était remonté dans les messages datant du début de leur rencontre. Il avait découvert plusieurs rendez-vous coquins pendant qu’il était absent, il avait vu les photos en tenue légère qu’elle échangeait avec ses amants.

Mais ce qui avait fini par l’abattre, c’était quand il s’était aperçu qu’elle utilisait les mêmes mots doux avec les autres... qu’avec lui. Parfois, il y avait même des Je t’aime qui s’envolaient du clavier de sa chérie … Il était abattu c’est vrai, surtout par l’ampleur de la trahison, mais au fond de lui, il n’était qu’à moitié surpris. 

Peu sûr de lui, il n’avait jamais compris comment une fille comme elle pouvait être amoureuse d’un gars comme lui. Elle était belle, tellement belle, grande, fine, des cheveux bouclés, des yeux noisette. Elle rentrait dans un endroit et c’était le monde qui s’arrêtait de vivre en la regardant. Sa nana était drôle et intelligente et sociable, et souriante, et tout ce qu’il faut pour qu’on l'aime.

Lui se trouvait banal. Mais elle lui répétait qu'avec lui, elle était bien. Elle se sentait en sécurité affective. Après tout, c'est ce qu'elle avait toujours recherché chez un homme. Quelqu'un qui puisse juste l'aimer.

Mon ami me racontait son calvaire, tentant en vain de garder son calme et d’éteindre ses larmes. Mais rien n’y faisait. Il pleurait, sanglots après sanglots, s’arrêtait une minute pour mieux chialer davantage. Je l’écoutais en silence. Il avait toujours du mal à croire ce qu’il était en train de vivre.

Lui était différent. Quand il aimait, il ne voyait qu'elle. Toute sa vie, il avait entendu ses copines se plaindre des infidélités de leurs mecs. Les salauds, c’étaient toujours les hommes, oubliant juste que la femme était d’abord un homme comme les autres...

Mon ami tentait de comprendre ce qui avait poussé sa chérie à agir de la sorte. Comment avait-elle pu l’aimer tout ce temps et l’avoir trahi autant ? Mais il n’y avait rien à comprendre. Les gens étaient juste faits différemment.

Peu importe qu’ils soient des hommes ou des femmes au final. Il ne devait même pas lui en vouloir. A quoi bon ? Je le laissais lui et son malheur en lui promettant de venir le voir prochainement. Je lui disais juste de s’éloigner d’elle. Elle finirait par le détruire. Parce qu'elle ne changerait jamais. Je savais de quoi je parlais. 

J’en avais connu une aussi… Son enfance à ma chérie avait été un désert affectif. Alors, elle cherchait l’amour partout où il aurait pu se trouver. Elle m'aimait beaucoup, elle me le disait, me l’écrivait en toutes les langues. En vérité, elle m’aimait juste un peu plus que les autres. Parce qu'il y en avait des autres. Des tas d'autres... J'étais son préféré, c'est tout.

Au début, j’avais eu du mal à cause de l’orgueil légitime, mais j'avais fini par accepter ses infidélités. Parce qu’au final, seul comptait pour moi les moments passés à ses côtés ...

Nadir Dendoune

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