La chronique du Tocard. L'opium du peuple

Je vais vous dire sans passer par d’autres chemins que celui de la franchise que je m'en tape que la France du foot gagne ou perde. Dimanche soir, j'ai très bien dormi : j'ai même fait de super beaux rêves. 

Je sais : quand on est métèque de père en fils, il faut faire allégeance au Bleu Blanc Rouge, vibrer et chanter pour la Marseillaise, peu importe si cet hymne patriotique est un chant guerrier en total décalage donc avec l’esprit fraternel du sport, faire bloc comme un seul homme derrière l’équipe de France, sinon on peut très vite passer pour un "traître à la Nation", ce qui n'est pas non plus la mer à avaler, surtout quand tu te fous du regard de l'autre, et aussi accessoirement quand tu es internationaliste et que tu rêves d'un monde sans frontières.

Comme je ne suis pas un être « colonisé », je me sens aussi libre de dire : « Nique les Bleus », si je trouve que le Onze de départ joue comme des manchots, ou si tout simplement, la tronche de certains joueurs, ou du sélectionneur, ne me revient pas.

Je suis tellement Français dans l'insolence que je peux même aller jusqu’à crier haut et fort « Nique la France », si j’estime que la politique du pays où je suis né, où je travaille, où je paie mes impôts, c'est de la merde. Au passage, cela fait plusieurs années que c’est le cas.

Pour être honnête jusqu’au bout et pour vous prouver que pour moi tous les patriotismes peuvent aller se faire voir, je m'en cogne également que l'Algérie du foot gagne ou perde, surtout en pensant aux conditions dans lesquelles une grande partie de la population algérienne vit, en voyant toute cette jeunesse qui sort dans la rue à chaque match en soutenant leur équipe nationale avec tellement d’aveuglement qu'ils finissent par s'en foutre de savoir si leur président est vivant ou mort. En Algérie, comme ailleurs, le foot est l'opium du peuple. 

Comme j’ai beaucoup vécu et voyagé, les deux vont souvent ensemble, j’ai la chance d'avoir un troisième passeport.

Je m’en contrefous donc aussi que l'Australie (mon troisième pays) du rugby, au foot, ils en touchent pas une, alors je m'adapte, gagne ou perde, surtout quand je vois comment les gouvernants traitent les indigènes locaux (les Aborigènes), ou les réfugiés qu'ils entassent comme du bétail dans des camps sur une île déserte, loin de la population qui n'en finit pas de se plaindre de ces « crèves la dalle » qui viennent s’échouer chez eux, oubliant un peu qu'ils n'ont pas vraiment leur mot à dire depuis qu'ils ont massacré les autochtones en arrivant à la fin du 17e siècle sur cette belle terre « sauvage et déserte » comme ils disent, sans parler de la manière dont leur bled s’est construit, quand tous ces bagnards britanniques ont été envoyés de force aux antipodes. En pensant à tout ça, j'ai donc plutôt envie de vomir que d’avoir des excès patriotiques.

Dimanche soir, pas nationaliste pour un sou donc, pour la finale de l'Euro qui opposait la France au Portugal, j'étais mi-figue mi-raisin, que le meilleur l’emporte, vive le sport, tant qu’il y a du beau jeu, la soirée sera belle.

Je regardais donc le match en mode décontracté, sous une forte chaleur, bermuda, tongs au pied, et torse nu de rigueur, à la Fan Zone de Saint-Denis (93), située à l'intérieur du Parc de La Légion d'Honneur, un super endroit pour voir les matchs (plus concerts, buvettes, frites maison, espace jeux pour enfants), une Fan Zone inconnue au bataillon médiatique et pourtant inégalable, depuis que mes collègues ont jugé que celle du Champ-de-Mars, dans le 8e arrondissement de Paris, était la meilleure de toute, la seule qui vaille le coup pour eux d'être mise en avant : l'herbe doit y être plus verte.

J’étais avec des amis « à fond derrière la France », maquillés pour l’occasion en Bleu Blanc Rouge. À côté de nous, nos « voisins portugais » qui parlaient français sans accent parce qu’ils étaient des Français de départ. Eux, comme trois joueurs de la Selecção (Guerreiro, Lopes et Adrien Silva) avaient choisi clairement leur camp. Ils rêvaient de voir leur pays brandir pour la première fois le trophée européen et ils ne s’en cachaient pas.

Ces « gens-là » soutenaient le Portugal, sans que cela ne dérange personne, souvent par fidélité vis-à-vis de leurs parents, un pays auquel ils étaient également attachés, où ils allaient souvent en vacances. Et aussi un peu par revanche : comme pour les autres descendants d'« immigrés », à l’école, tous ces Français avaient dû être renvoyés à leurs origines, de façon plus ou moins agréable, avec des blagues vaseuses, sur les maçons ou les gardiens d’immeuble. 

Au coup de sifflet final, nos « voisins » ont donc explosé de joie : leur équipe venait de battre leur pays, la France 1-0. De beaux schizophrènes ces Portugais !

Toute la nuit, la communauté portugaise de France a fêté dans les rues de l’Hexagone dignement la victoire des leurs, klaxons, pétards et cris de joie : j'ai dû fermer la fenêtre de mon salon pour pouvoir fermer l'oeil. Une célébration hautement patriotique qui a été perçue comme un truc normal : oui, chez nous, les Fanco-Portugais ont le droit de soutenir un autre pays que la France. Personne n'aurait pensé à leur dire qu'ils se comportaient comme des "traîtres à la Nation".

Et moi, le premier : tant que les gens sont heureux, je me fous du reste. Ce soir-là, les Portugais de France étaient pourtant hautement visibles : avec leurs maillots et leurs drapeaux vert et rouge, leurs chants patriotiques.

Les Portugais d’origine, comme tous les autres « immigrés blancs » bénéficient donc d’un statut particulier : ils peuvent continuer à maintenir un lien avec leur « pays », sans être victimes de rejets. Parfois, la Marseillaise est même sifflée lors de matchs France-Portugal, comme ce fut le cas en octobre 2014 au Stade de France, mais personne ne l’a mentionné. Même pas le Front national qui ne supporte pourtant pas qu’on puisse vibrer pour un autre bled que la France de Vercingétorix.

Et pourtant, beaucoup en France continuent de traiter les Franco-Maghrébins de paranos quand ils dénoncent ce deux poids deux mesures. Alors, si l'Algérie se qualifie à la prochaine Coupe du Monde, et même si comme je l'ai dit plus haut, je m'en tamponne le coquillard de tous ces relents patriotiques, juste pour avoir le droit de le faire, j'irai moi aussi chanter dans les rues de Paris: "One, two, three : Viva l'Algérie"...

Nadir Dendoune

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