Ismaël Saidi : « On me dit que j'ai été visionnaire, je réponds que j'ai été passéiste »

Le réalisateur, scénariste et dramaturge belge, Ismaël Saidi, jouant dans sa pièce de théâtre "Djihad" à Trappes le 15 avril 2016. MIGUEL MEDINA / AFP

Eté 2014. Quand Marine Le Pen déclare que les jeunes qui partent en Syrie ne lui posaient pas de problème tant qu'ils ne revenaient pas, Ismaël Saidi sait qu’il doit lui répondre. Cet auteur belge, ayant pour seules armes sa plume et son humour, concocte la pièce « Djihad ». Ce weekend (10 décembre), elle était jouée à Nantes dans le cadre du festival Tissé Métisse, suivi d’un débat qui rappelle les enjeux fondamentaux dénoncés par l’auteur à travers cette pièce. 

9 janvier 2015

Fin 2014, difficile pour une pièce nommée « Djihad », mettant en scènes « trois mecs pensant partir en djihad », de trouver un théâtre. C’est finalement dans une petite salle de Schaerbeek, là où il a grandi, qu’Ismaël Saidi arrive à caler cinq dates, du 26 au 30 décembre.

L’auteur espérait juste vingt personnes par représentation mais… : « Dès le premier soir guichet fermé. On nous a acheté cinq autres dates puis une mairie nous a acheté une dernière date, le 9 janvier 2015. Sauf que ce jour-là, il y avait une prise d'otage d'un l'hyper casher de Paris. La mairie nous a appelés pour nous dire : « on vous paie mais vous ne venez pas ». Nous leur avons répondu « vous ne nous payez pas, nous viendrons quand même ». Tellement de monde qui voulait juste se réfugier dans le rire qu'au lieu de jouer une fois, on a joué deux fois ».

Depuis cette date-là, ils ne se sont plus arrêtés de jouer, la pièce ayant été vue par 71000 spectateurs à ce jour. D’ailleurs, des représentations sont données quasi simultanément par des troupes à Paris et aux Pays-Bas, lors de ces trois derniers mois, pour un succès qui ne s’est jamais démenti.

Groupes scolaires et débats

Chaque représentation de la pièce est suivie d’un débat. Très vite, après les premières dates, le ministère de l’Education, dépassé par les confrontations et questions se posant dans les écoles après les attentats, contacte Ismaël Saidi pour montrer la pièce aux écoles, et surtout débattre autour de ce phénomène.

L’auteur pose trois conditions : « Premièrement, que les élèves aillent dans les théâtres, que les enfants voient des rideaux rouges. Deuxièmement, que tous les quartiers soient mixés. Troisièmement, Djihad c'est juste une pièce, mais à côté de ça vous [Le ministère de l’Education belge, ndlr] devez faire quelque chose (…) J'ai dit s'ils sont cinq cents inscrits on joue, sinon ça sert à rien de ramener tout le matériel. En un weekend, 11000 personnes s’étaient inscrites ». La jeunesse belge bénéficie d’une pièce qui est un témoignage éclairé de quelqu’un qui a connu ces dérives.

« Islam Fastfood »

« On me dit que j'ai été visionnaire, je réponds que j'ai été passéiste. J'ai écrit un truc qui s'est passé, il y a 25 ans. Ce qui est pathétique c'est que ce soit d'actualité. L’antisémitisme dès l'enfance, j'ai connu. Le racisme masqué à l'égard de l'autre, j'ai connu. Ce dogme qui interdit tout au point de rendre fou, j'ai connu aussi. J'ai pris trois morceaux de moi, j'en ai fait trois personnages » confesse Ismaël Saidi. Ce dernier est bien conscient que les jeunes sont les premières victimes de cet « Islam Fastfood » : « Islam fastfood, on vous le donne et vous ne cuisinez pas. Cherche pas à savoir ce qu'il y a dans le coran, je vais te le dire : il y a eux et nous. On donne des clés rapides à des gens paumés en quête de spiritualité. La pièce questionne ce qu'il se passe à un moment donné ».

De plus, l’auteur refuse que ce problème soit réduit à un « problème de société » : « Le problème est une hydre à deux têtes : une tête qui est un problème de société. Deuxième tête, les pressions que les musulmans exercent eux-mêmes sur leur propre communauté. Les trois personnages sont brisés de l'intérieur. Le problème c'est qu'on passe notre temps à pointer le problème de société, on ne dit pas qu'il y a un problème religieux à côté ».

Pour Ismaël Saidi, qui pensait juste attirer une vingtaine de personnes et essayer de « ne pas se faire tuer à la fin du spectacle », le chemin est encore long et il passe par l’éducation des plus jeunes. Le gouvernement belge l’a compris, ce qui pourrait donner des idées à la France…

CH. Célinain

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