« Arrêtez de critiquer Nida Tounes ! ». C’est en somme la consigne interne que s’est donnée une frange du camp dit démocrate dans les réseaux sociaux tunisiens. Cette frange a tranché : l’union sacrée autour de « Bajbouj » serait « notre seule chance de salut aux prochaines élections », unique solution pour battre Ennahdha. Difficile de ne pas y entendre le même esprit que le refrain d’antan : « Il n’y a pas d’alternative à Ben Ali ».
Au lendemain d’une révolution, là où toute la caste obscure des charlatans qui murmurent à l’oreille de l’establishment s’est retrouvée au chômage technique, une partie du peuple se découvre une vocation de stratèges. Hakim El Karoui a fait des émules !
La question que l’on se pose de plus en plus est celle de savoir comment prendre le pouvoir. Drôle de réflexe au lendemain d’une révolution. Que des pros de la politique de métier, pris de court par les évènements de la révolution, cherchent de nouveaux moyens pour arriver à tout prix au pouvoir n’est pas surprenant. Mais qu’autant de Tunisiens raisonnent en des termes strictement politiciens, au mépris de la logique révolutionnaire et de la transition démocratique, cela est plus préoccupant.
Le cas de l’Egypte peut nous éclairer sur ce phénomène au demeurant bien connu des lendemains de révolutions, mais qui présente en l’occurrence une spécificité régionale. La sécularisation n’étant pas passée par là, il est évident que la configuration des forces en présence la veille des prochaines élections sera un remake du match Ahmed Chafik VS Mohamed Morsi. Soit le choix entre deux droites, ou plus précisément deux conservatismes : faux révolutionnaires islamistes VS contre-révolutionnaires adeptes de la poigne.
Et ce ne sera pas parce que la gauche tunisienne a retenu les leçons de ses divisions. En donnant une caution de gauche à un parti prétendument transversal comme le fraîchement (re)créé Nida Tounes, la gauche ne fait que se résoudre à l’idée que la seule machine de guerre électorale prête ici et maintenant, hors islamisme, c’est précisément l’ex establishment. Une entité faite d’un réseau aujourd’hui en « stand by » de cadres, entrepreneurs, ex politiciens, destouriens et plus simplement de citoyens pêle-mêle, entre déçus de l’islam politique et ses alliés et nostalgiques du bénalisme.
Une solution factice
Et ça marche ! Nida Tounes recueille des adhésions à tour de bras. 100 000 à ce jour selon ses cadres. Evidemment que cela marche : techniquement dissout, l’ex RCD n’a pas vraiment vu ses ex soutiens financiers et moraux inquiétés par la justice sous gouvernance nahdhaoui. Un détour par les meetings Nida Tounes de Monastir ou du Palais des Congrès à Tunis permet de se rendre compte que les pratiques et la rhétorique n’ont pas subi la moindre réforme. C’est ce que Samy Ghorbal appelle la « parole politique terriblement convenue, terriblement creuse et inconsistante ».
Elle est faite d’une détestation de l’idée même d’opposition en général, on y exècre davantage Sihem Ben Sedrine que les islamistes. « Vous n’êtes pas contents ? Venez participer et joignez-vous à nous ! », martèle souvent Essebsi. C’est cette hostilité au pluralisme déguisée en patriotisme qui fait que Nida Tounes recrute des figures aussi hétérogènes et populistes qu’Ibrahim Gassass et peut-être même Slim Riahi, apprend-on aujourd’hui. Deux soutiens notoires à la charia dans la Constitution. C’est que le parti entend ratisser large !
« Vous n’êtes pas inquiété par la justice ? », alors tout va bien ! Vous êtes les bienvenus, pour peu que vous soyez tunisien. C’est ce sophisme qui est le plus problématique en temps de révolution. Un raisonnement qui commet l’erreur de ne pas prendre en considération la dynamique révolutionnaire.
En temps normal, une absence de poursuites devrait signifier la possibilité d’exercer sereinement des activités politiques. Après une révolution, certaines figures, même blanchies par la justice, sont politiquement inaudibles. C’est ce qui explique les hésitations de Nida Tounes à intégrer les Morjane, Jegham, etc.
Oui, au final, Nida Tounes peut passer de justesse. Mais qu’aurons-nous accompli en lui donnant le pouvoir ? Au mieux un rafistolage éphémère. Un statu quo d’avant révolution. Mais en aucun cas une promotion des valeurs progressistes.
Certains s’évertuent à expliquer qu’il ne s’agit que d’une étape. Usant d’une comparaison avec l’épisode 2002 du vote pour le « moins pire » en France, ils font le calcul risqué d’une phase transitoire avant de pouvoir réellement voter pour une gauche restructurée. Rien n’est moins sûr.
A supposer que Nida Tounes passe, au-delà des railleries internationales d’avoir élu un dinosaure paternaliste de l’ex régime comme couronnement présidentiel de « la révolution des jeunes », beaucoup de signaux montrent déjà que le « si vous n’êtes pas avec nous vous êtes contre nous » promet un retour programmé de la censure. Si l’islamisme installe la censure plus lentement, sociétalement et par le bas, l’autoritarisme l’installera plus classiquement par le haut.
Une droite intégrale cryptée
Pour autant, Béji Caïd Essebsi reste une figure à démystifier. Incarnant le prestige de l’Etat pour les uns, le modernisme à la sauce nationaliste pour les autres, ou encore la haute bourgeoisie tunisoise, il a été ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères de Bourguiba qui l’a limogé, a poursuivi des activités politiques sous Ben Ali, mais « pas trop », juste assez de temps pour s’apercevoir que l’ex dictateur « n’était pas compétent », dit-il. L’idée de compétence est une autre idée abstraite leitmotiv des partisans de Nida Tounes, comme si une révolution devait nécessairement mettre des technocrates expérimentés au pouvoir.
Les défections internes peuvent aider à cerner le positionnement idéologique de Nida Tounes. Mustapha Stambouli fut le premier à ouvrir le bal des « friendly fires ».
« La stratégie timide et hésitante adoptée par l’instance provisoire de Nida Tounes est une mauvaise option pouvant aboutir in fine à la démobilisation des sympathisants », écrit-il sur son blog. « Les hésitations multiples […] au niveau du positionnement du mouvement par rapport aux évènements du soulèvement du triangle de la contestation (Sfax-Sidi Bouzid-Kasserine) laissent les observateurs perplexes et inquiets sur l’avenir du mouvement », ajoute-t-il. Pour s’interroger au final : « Nida Tounès cherche-t-il un arrangement avec la Troïka en lieu et place de l’affrontement ? ».
Car il y a en effet matière à s’interroger. Octobre 2011, Hamadi Jebali proposait Essebsi en tête de liste des candidats d’Ennahdha à la présidence provisoire de la République.
Essebsi lui-même n’a jamais arrêté de répéter, selon le même consensualisme conservateur, que « les gens d’Ennahdha aussi sont les bienvenus pour travailler main dans la main avec nous. »
De quoi agacer ceux qui voient en Nida Tounes un front anti Ennahdha. Car même ce positionnement n’est pas assumé par le parti, du moins hors affrontement purement électoral.
Et pour cause : interrogé par Jean-Pierre El Kabbach sur Europe1 en 2011 (03:36’) sur ce que signifie « la Tunisie est un pays musulman », (« Bourguiba nous ayant habitué à la laïcité » selon le journaliste), Essebsi répond, évasif, « C’est juste un comportement. La loi, la Constitution tunisienne dans son article 1er indique bien qu’en Tunisie la religion est l’islam et la langue est l’arabe ».
On ne peut être plus clair, si Bourguiba était lui dans l’inspiration laïque, Essebsi est un identitaire pur et dur.
L’Etat, l’Etat, l’Etat !
« La Tunisie a toujours été exemplaire dans tous les domaines », ajoute Essebsi lors du même entretien, faisant référence à l’Etat, cette notion qui lui est si chère. Sorte de narcissisme métonymique de « l’Etat c’est moi ! ».
C’est certainement moins l’Etat providence dont il est question qu’une certaine idée de l’Etat idée fleuve, tel qu’il est porté aux nues, y compris par la droite libérale. L’Etat que Béji Caïd Essebsi cite en tête de ses fondamentaux, bien avant les « acquis modernistes » momifiés qui viennent en 3ème après l’identité et l’islam, c’est ce même Etat, plus qu’imparfait, au nom duquel on a torturé, censuré et corrompu par le passé en Tunisie.
A l’image du jeune Borhene Fakhfakh, ex membre du comité central d’Al Joumhouri, qui a démissionné aussitôt la nouvelle tombée de l’alliance de son parti avec Nida Tounes, les forces loyales envers la révolution ne perdent pas de vue qu’au-delà de la nécessité d’un front de la Jeunesse, seul pourra être pérenne un front conforme à cette promesse : « Sahkan sahkan lel rejîiya, dsetra wa khwanjiya » (A bas la réaction, ni ex RCDistes ni intégistes !).
Raillé pour ses idéaux non négociables, ce front est aujourd’hui taxé de mélancolie anarcho-romantique. N’y a-t-il pas cependant plus chimérique, plus utopique et déraisonnable, plus négationniste pour le 14 janvier 2011, que la croyance selon laquelle Béji Caïd Essebsi puisse être l’homme de la réalisation des objectifs de la révolution ?
Seif Soudani


Pas beau de traiter les gens de fascistes, lorsqu'ils cherchent le débat.
C'est bien en contradiction le discours accusateur et intelligent dans l'article, finalement on reproduit les memes schéma que ceux qu'on critique.
ce qui prouve bien qu'il est facile de critiquer, mais c'est dans l'action qu'on reconnait les vrais démocrates
est bonne a 100%, elles ont tjr des defaults ca on le savait deja
Ok maintenant et vous quelle est votre solution, proposition, 3 eme ou
4 eme voie...
Et ne me dites pas : ha non mon role n est pas de proposer mais de
critiquer... Ca ne tient pas, il faut etre constructif et ne pas
detruire pour ne rien creer a la place
Car pour l instant on a un seul parti hégémonique et aux pratiques
douteuses et en face des 0,000 et cette situation est bien plus grave
qu une polarisation de la scene politique. Ce qui dit en passant, est
tout a fait normal voire salutaire, Toutes les grandes democraties
dans le monde ont une scene politique bipolarisee qui permet l
Alternance politique et ainsi créé a chaque pouvoir son contre pouvoir.
Donc en resume c quoo votre solution... Realiste svp