« En Suisse, on survivait. Ici, on vit sans rien se refuser », Claudine et Alain, deux immigrés suisses à Djerba

Claudine et Alain, deux Suisses installés à Djerba : « Le nombre de personnes qui veulent tout lâcher et repartir à zéro est impressionnant mais très peu vont au bout de leurs rêves. Nous, on ne s’est pas posé de questions. Qu’avions-nous à perdre ? ». Crédit photo : Nadir Dendoune

Le hasard fait bien les choses. Il y a un peu plus de trois ans, Alain et Claudine, deux Suisses, originaires de la vallée de Joux, dans le Jura helvétique, peinaient à joindre les deux bouts, avec leurs 1500 euros mensuels. « Nous avions un loyer à 1200 euros, il ne nous restait donc plus grand chose », dit d’une voix calme et posée Claudine, titulaire d’une pension d’adulte handicapée. Malgré leurs tentatives, le couple avait du mal à trouver un logement plus abordable.

Alors que la situation devient vraiment critique pour eux, un heureux événement vient changer la donne. 

Un soir, autour d’un dîner, un ami leur parle de son projet. « Comme nous, il trouvait que vivre en Suisse était trop coûteux. Comme nous, il se plaignait de la rigueur de l’hiver », explique Alain, titulaire, lui aussi, d’une pension d’adulte handicapée.  Leur ami a décidé d'aller s'installer sur l’île de Djerba, en Tunisie, pour son « climat mais aussi pour la proximité avec la Suisse, à seulement 3 heures d’avion », précise Claudine. 

Sur place, il leur donne régulièrement des nouvelles, louant la qualité de vie « à la djerbienne ». Emballé, le couple se décide à son tour. « Le nombre de personnes qui veulent tout lâcher et repartir à zéro est impressionnant mais très peu vont au bout de leurs rêves », concède Claudine. « Nous, on ne s’est pas posé de questions. Qu’avions-nous à perdre ? », questionne-t-elle.

Après un premier voyage de quelques jours sur l'île de Djerba, Claudine et Alain sont convaincus qu'ils doivent partir. « On a foutu toutes nos affaires dans notre voiture et on a rejoint l'île par bateau », se rappelle Alain, les yeux pétillants de bonheur. 

Quelques mois « un peu difficiles » à vivre dans un petit logement avant de trouver la perle rare : une superbe maison à Houmt Souk, la plus grande ville de Djerba, « deux fois plus grand que leur appartement en Suisse et trois fois moins cher », s’enthousiasme le couple. « En Suisse, on survivait. Ici, on vit sans rien se refuser », lancent les deux amoureux, qui dînent « au moins deux fois par semaine dehors ». « A Djerba, la nourriture est très bonne. Quand tu vis ici, tu finis par découvrir les bons endroits : pas les pièges à touristes. Par exemple, on a trouvé sur le bord de plage un restaurant de poissons exceptionnel », explique Alain. 

Côté administratif, là où l’obtention du simple visa helvétique pour un Tunisien relève du parcours du combattant, où les heureux élus se comptent sur les doigts d’une main, Claudine et Alain ont dû juste présenter quelques documents pour obtenir leur carte de résident, qu’ils doivent renouveler régulièrement.  « Il fallait juste justifier d’un domicile et des ressources suffisantes pour vivre », s'enthousiasme Claudine. 

Trois ans donc que Claudine et Alain vivent paisiblement à Djerba. Des journées « de retraités » bien chargées. « Entre l’entretien du jardin, les courses, le chien à s’occuper, les visites chez nos amis tunisiens, on ne voit pas le temps passer », sourit Alain. 

« On se sent vraiment bien ici. On se sent chez nous », embraie Claudine. « A force de nous croiser, les locaux nous voient comme les leurs. Nous, on essaie juste de se comporter normalement avec eux. Avec respect et humilité », lance Alain, taclant au passage, « tous ces Occidentaux qui viennent à Djerba avec leurs visions néo-colonialistes, en essayant d’imposer leurs modes de vie et de pensées ». 

« Nos cultures sont différentes sur le papier, mais il y a bien plus de choses qui nous rapprochent des Tunisiens que des Suisses », précisent le couple. « Ils sont solidaires, ont le cœur sur la main, et qu’est-ce qu’on se marre ici », concluent les deux immigrés suisses.

Nadir Dendoune

Dernière minute


La chronique du Tocard

  • La chronique du Tocard. Les femmes, les Noirs et les Arabes

    Moi si j'étais une femme blanche en France, je mènerais The combat aux côtés des Noirs et des Arabes. Parce que, même si certaines choses ces dernières années ont évolué pour elle, gr&aci...

    LIRE SUITE Tous les articles de la rubrique Economie»

Edito